Astragale : bienfaits pour l'immunité et la fatigue, ce que dit la science

Sa racine, appelée huang qi en chinois, est en médecine traditionnelle chinoise la plante de premier choix contre la fatigue. En France, l’astragale (Astragalus membranaceus) se vend surtout en gélules pour « booster » les défenses immunitaires avant l’hiver, lutter contre la fatigue ou, plus récemment, ralentir le vieillissement grâce à une molécule extraite de sa racine.
Ce guide sépare ce que les études humaines montrent réellement de ce qui relève de la tradition chinoise ou du marketing. Vous saurez aussi à quelles doses la racine est utilisée, et pourquoi elle est déconseillée en cas de maladie auto-immune ou de grossesse.
L’astragale en bref : une légumineuse de la médecine chinoise
L’astragale appartient à la famille des Fabacées (les légumineuses), comme le pois, l’ajonc ou l’acacia. La drogue végétale, appelée Astragali radix, est la racine séchée de deux plantes très proches, Astragalus membranaceus et Astragalus mongholicus, que certains botanistes considèrent comme une simple variété de la première. Toutes deux sont originaires de Chine, de Corée, de Mongolie et de Sibérie, et la racine est cultivée pour le commerce dans le nord de la Chine et en Corée du Nord.
À quoi ressemble la plante
C’est une vivace herbacée de 25 à 40 cm pour A. membranaceus, et jusqu’à 1,5 m pour A. mongholicus. Ses feuilles sont composées de nombreuses petites folioles ovales, et ses fleurs jaune pâle, en forme de petits papillons comme celles du pois, se regroupent par grappes de 10 à 15. Le fruit est une gousse. La partie utilisée est la racine, longue de 30 à 90 cm pour 1 à 3,5 cm de diamètre, brun-jaune à l’extérieur et jaune pâle à l’intérieur, si fibreuse qu’elle se casse difficilement.
Ce qu’elle contient
La monographie de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) retient deux familles de composés. Les saponines triterpéniques, appelées astragalosides (on en a décrit une dizaine, de l’astragaloside I au X), sont les plus étudiées. Les polysaccharides, de grosses molécules de sucres, sont ceux que l’on crédite des effets sur les cellules immunitaires en laboratoire. L’OMS recommande de doser ces deux familles pour contrôler la qualité d’une racine.
Des centaines d’astragales, dont certaines toxiques
Le genre Astragalus compte un très grand nombre d’espèces, et seules les deux citées plus haut fournissent la racine médicinale. Plusieurs astragales et plantes du genre voisin Oxytropis, appelées « locoweeds » (herbes à folie) en anglais, contiennent de la swainsonine, un alcaloïde neurotoxique produit par un champignon qui vit dans la plante, et intoxiquent le bétail qui les broute. La gomme adragante, épaississant alimentaire codé E413, provient elle aussi d’astragales, mais d’espèces différentes et sans rapport avec l’usage médicinal. Enfin, en anatomie, l’astragale désigne un os de la cheville. En pratique, ne cueillez pas d’astragale sauvage pour en faire une tisane, car la plante médicinale ne pousse pas spontanément en France.
Les bienfaits de l’astragale : que dit vraiment la science ?
L’astragale n’a pas de monographie de l’Agence européenne du médicament (EMA), si bien qu’aucune indication ne lui est reconnue officiellement en Europe. Dans sa monographie publiée en 1999, l’OMS est encore plus nette, puisque la rubrique « usages appuyés par des données cliniques » y porte la mention « aucun ». Elle cite en revanche les usages décrits dans les pharmacopées asiatiques (traitement d’appoint du rhume et de la grippe, renforcement des défenses et de la « force vitale ») et ceux de la médecine traditionnelle chinoise, comme la diarrhée chronique, les œdèmes ou le diabète. Les essais publiés depuis sont souvent chinois ou taïwanais, et leur qualité varie beaucoup.
Immunité : des marqueurs qui bougent, pas de preuve contre les rhumes
L’OMS mentionne une étude sur 1 000 personnes où un extrait d’astragale, pris par la bouche ou en spray nasal, aurait réduit la fréquence et la durée des rhumes, mais elle précise qu’aucun détail n’est disponible sur cette étude. Les données plus récentes portent sur des analyses de sang. En 2023, une méta-analyse publiée dans Complementary Medicine Research a réuni 19 études et 1 094 participants ; l’astragale y fait baisser plusieurs cytokines de l’inflammation et augmente certains marqueurs des lymphocytes T, avec une hétérogénéité importante entre les études.
Le passage du laboratoire à la vie quotidienne n’est pas fait. Un marqueur sanguin qui évolue ne dit pas si l’on tombe moins souvent malade, et cette méta-analyse ne mesure pas le nombre de rhumes ou de grippes. Le Centre national américain pour la santé complémentaire et intégrative (NCCIH) résume la situation en jugeant les preuves scientifiques fiables insuffisantes pour savoir si l’astragale est utile dans une quelconque affection. Si vous cherchez surtout un apport de vitamine C pendant l’hiver, un petit fruit comme l’acérola en est très riche.
Fatigue : quelques essais, surtout chez des malades
C’est l’usage traditionnel phare de la plante, et quelques essais contrôlés l’ont mis à l’épreuve.
- En 2016, dans le Journal of Ethnopharmacology, une équipe taïwanaise a donné 2,8 g de racine trois fois par jour pendant 28 jours, ou un placebo, à 64 patients épuisés après un accident vasculaire cérébral. Le score de fatigue et la qualité de vie se sont davantage améliorés sous astragale, mais les auteurs parlent eux-mêmes d’une étude préliminaire.
- Chez les patients atteints de cancer, les essais portent sur un médicament injectable à base de polysaccharides d’astragale, mis au point à Taïwan, qui n’a rien à voir avec une gélule de complément. Un premier essai publié en 2012 était positif, mais un essai de 2024 sur 66 femmes traitées pour un cancer du sein n’a pas trouvé de différence avec le placebo sur le score principal de fatigue.
- En 2025, un essai iranien mené chez 64 infirmières souffrant de fatigue chronique après un Covid (500 mg d’extrait de racine deux fois par jour) va dans le sens d’un bénéfice, sur un effectif tout aussi réduit.
Aucun essai n’a évalué l’astragale chez des adultes en bonne santé qui se sentent simplement fatigués. Une fatigue qui dure plus de quelques semaines mérite d’ailleurs un bilan médical (anémie, thyroïde, sommeil) avant tout complément.
Reins, diabète, cancer : des essais nombreux mais fragiles
C’est sur les maladies chroniques que l’on trouve le plus d’essais, pour la plupart chinois et menés en complément d’un traitement classique.
- Maladie rénale chronique : une revue Cochrane de 2014 a analysé 22 études et 1 323 participants. L’astragale y réduit la protéinurie et augmente l’hémoglobine et l’albumine, mais la qualité des études est jugée faible, et aucune ne dit si les patients ont eu moins besoin de dialyse ou vécu plus longtemps.
- Diabète de type 2 : selon le NCCIH, une revue de 2024 portant sur 20 études et 953 adultes trouve une glycémie plus basse quand l’astragale s’ajoute à la metformine, avec des études pour la plupart de faible qualité.
- Cancer du poumon : une méta-analyse publiée en 2006 dans le Journal of Clinical Oncology (34 essais, 2 815 patients) suggère que des formules chinoises à base d’astragale, ajoutées à la chimiothérapie, amélioreraient la survie à un an. Il s’agit de mélanges de plantes, dont certains injectables, et les auteurs demandent eux-mêmes une confirmation par des essais rigoureux.
Ces pistes concernent des patients suivis à l’hôpital et ne justifient aucune automédication. Si vous avez une maladie rénale, un diabète ou un cancer, l’astragale ne se discute qu’avec le médecin qui vous suit.
Anti-âge : la promesse des télomères
L’argument « anti-âge » repose sur le cycloastragénol, une molécule obtenue à partir des saponines de la racine et vendue comme activateur de la télomérase, l’enzyme qui allonge les télomères (les extrémités des chromosomes, qui raccourcissent avec l’âge). En 2016, un essai publié dans Rejuvenation Research a suivi 117 personnes de 53 à 87 ans pendant un an. Les télomères se sont allongés avec la faible dose et raccourcis sous placebo, alors que la dose quatre fois plus forte n’a pas donné de différence significative. L’étude était financée par le fabricant du produit, dont deux salariés figurent parmi les auteurs, et elle mesure un marqueur de laboratoire. Personne n’a montré qu’un tel complément fasse vivre plus longtemps ou vieillir en meilleure santé.
Ce que l’astragale ne fait pas (ou pas démontré)
- Éviter les rhumes et la grippe : l’usage figure dans les pharmacopées asiatiques, mais aucun essai détaillé ne le démontre.
- « Booster » l’immunité sans risque : si la plante stimule réellement certaines cellules immunitaires, c’est justement ce qui la rend déconseillée en cas de maladie auto-immune.
- Rajeunir : l’allongement des télomères mesuré dans un seul essai financé par le fabricant ne prouve aucun effet sur le vieillissement.
- Être un « adaptogène » : en 2008, le comité des plantes de l’EMA a estimé que ce terme n’était pas accepté dans la terminologie pharmacologique et clinique de l’Union européenne.
Comment utiliser l’astragale : formes et doses
Faute de monographie européenne, il n’existe pas de posologie officielle en Europe. L’OMS indique, d’après la pharmacopée chinoise, de 3 à 30 g de racine par jour par voie orale, une fourchette large qui s’applique à la racine séchée. Les essais récents ont utilisé 8,4 g de racine par jour (en trois prises) chez des patients fatigués après un AVC, et 1 g d’extrait par jour chez des infirmières épuisées.
Racine en décoction
En médecine chinoise, la racine se prépare surtout en décoction, c’est-à-dire bouillie dans l’eau plutôt qu’infusée, seule ou au sein de formules de plusieurs plantes. Faute de dose officielle par tasse, mieux vaut demander conseil à un pharmacien et rester dans la fourchette de l’OMS.
Gélules, poudre, extraits et teinture
Les compléments vendus en France (gélules de poudre, extraits secs, extraits liquides ou teinture-mère) n’ont pas de dose de référence officielle. L’astragale figure dans la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires (arrêté du 24 juin 2014), pour sa racine et sans avertissement particulier. Choisissez un produit qui précise l’espèce (Astragalus membranaceus ou mongholicus), la partie utilisée et, si possible, la teneur en astragalosides ou en polysaccharides, puis respectez la dose indiquée.
Combien de temps ?
Les essais durent de quatre semaines à quelques mois. Le NCCIH note que des prises allant jusqu’à 60 g par jour pendant quatre mois ne semblent pas provoquer d’effets indésirables, tout en précisant qu’aucune évaluation complète de la sécurité n’a été faite. Une cure de quelques semaines, suivie d’une pause, reste donc la façon la plus raisonnable de l’essayer, d’autant qu’aucun des essais cités ici n’a testé une prise continue toute l’année.
Précautions, contre-indications et interactions
Dans les essais, l’astragale est en général bien tolérée, même si la revue Cochrane note que 16 de ses 22 études ne rapportaient pas du tout les effets indésirables. La monographie de l’OMS ne recense aucun effet indésirable, faute d’informations. Les précautions tiennent surtout à son action sur le système immunitaire et au manque de données dans certaines situations.
Qui doit l’éviter ?
- Les personnes atteintes d’une maladie auto-immune (lupus, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, thyroïdite de Hashimoto...), à qui le NCCIH recommande de l’éviter, car elle pourrait aggraver les symptômes.
- Les personnes qui prennent un traitement immunosuppresseur, après une greffe ou pour une maladie inflammatoire.
- Les femmes enceintes, car l’OMS estime qu’elle ne doit pas être utilisée pendant la grossesse faute de données, et des études animales suggèrent une toxicité pour le fœtus.
- Les femmes qui allaitent et les enfants, faute de données.
- Les personnes traitées pour un cancer, qui doivent en parler à leur oncologue avant toute prise.
Interactions médicamenteuses
L’interaction la plus citée concerne les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus, corticoïdes au long cours, méthotrexate, par exemple), avec lesquels l’astragale peut interagir selon le NCCIH, ce qui se comprend pour une plante présentée comme stimulante de l’immunité. Les essais sur le diabète, où la glycémie baisse davantage quand la plante s’ajoute à la metformine, invitent aussi à la prudence si vous suivez un traitement antidiabétique, car la dose de vos médicaments a été calculée sans elle. Dans tous les cas, signalez l’astragale à votre médecin ou à votre pharmacien.
Quand arrêter et consulter ?
Arrêtez la prise en cas de réaction inhabituelle (éruption cutanée, démangeaisons, troubles digestifs) ou de poussée d’une maladie auto-immune. Une infection qui traîne, une fièvre qui persiste ou une fatigue qui ne cède pas après quelques semaines ne se soignent pas en augmentant la dose, et demandent un avis médical.
Faut-il prendre de l’astragale ? Le bilan
L’astragale a une longue histoire en médecine chinoise et des essais nombreux, mais aucun ne démontre clairement un bénéfice chez une personne en bonne santé. Voici comment vous situer.
- Elle peut se tenter en cure de quelques semaines si vous êtes curieux de la médecine chinoise, en sachant que l’effet sur l’immunité ou la fatigue n’est pas démontré chez l’adulte en bonne santé.
- Elle se prend de préférence en racine ou en extrait dont l’espèce et la partie sont précisées, à la dose de l’étiquette, sans dépasser la fourchette de 3 à 30 g de racine par jour indiquée par l’OMS.
- Préférez autre chose si vous avez une maladie auto-immune, un traitement immunosuppresseur, si vous êtes enceinte ou si vous allaitez.
- N’en attendez aucun effet anti-âge, et méfiez-vous des produits vendus sur cet argument.
- Pour une maladie rénale, un diabète ou un cancer, n’en prenez qu’avec l’accord du médecin qui vous suit.
Questions fréquentes sur l’astragale
Ces questions reviennent souvent à propos de cette racine chinoise, vendue en gélules comme en vrac.
L’astragale renforce-t-elle vraiment les défenses immunitaires ?
Elle modifie certains marqueurs immunitaires dans le sang, mais aucun essai solide ne montre que l’on tombe moins souvent malade en la prenant. Le NCCIH juge les preuves insuffisantes pour toutes les indications.
Peut-on prendre de l’astragale pour passer l’hiver ?
Vous pouvez l’essayer si vous êtes en bonne santé et ne prenez aucun traitement, en cure de quelques semaines, mais sans en attendre une protection démontrée contre le rhume ou la grippe. Elle ne remplace pas la vaccination.
Quelle différence entre l’astragale et l’ashwagandha ?
L’astragale est une légumineuse de la médecine chinoise, mise en avant pour l’immunité et la fatigue, alors que l’ashwagandha est une Solanacée de la médecine ayurvédique, surtout étudiée sur le stress et le sommeil. L’ashwagandha est aussi visée par un avis de l’ANSES (2024) qui la déconseille à plusieurs publics, notamment en cas de maladie de la thyroïde ou du foie.
L’astragale est-elle dangereuse ?
La racine médicinale est bien tolérée dans les essais, mais elle est déconseillée en cas de maladie auto-immune, de traitement immunosuppresseur et de grossesse. Les astragales toxiques sont d’autres espèces, qui empoisonnent le bétail dans les prairies.
Peut-on cueillir de l’astragale en France ?
Non, pas pour cet usage. La plante médicinale pousse naturellement en Chine, en Corée, en Mongolie et en Sibérie, et les astragales que l’on croise en Europe sont d’autres espèces, qui ne fournissent pas la racine médicinale.
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Sources et références
- Organisation mondiale de la santé (OMS), « Radix Astragali », WHO monographs on selected medicinal plants, vol. 1, 1999.
- National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH, États-Unis), « Astragalus », fiche mise à jour en mai 2025.
- Zhang H. W., Lin Z. X., Xu C., Leung C., Chan L. S., « Astragalus (a traditional Chinese medicine) for treating chronic kidney disease », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014, CD008369.
- Zhang X., Qu X., Zou Y., « The effect of Astragalus on humoral and cellular immune response: a systematic review and meta-analysis of human studies », Complementary Medicine Research, 2023, 30 (6), p. 535-543.
- Liu C. H. et al., « Effects of the traditional Chinese herb Astragalus membranaceus in patients with poststroke fatigue: a double-blind, randomized, controlled preliminary study », Journal of Ethnopharmacology, 2016, 194, p. 954-962.
- McCulloch M. et al., « Astragalus-based Chinese herbs and platinum-based chemotherapy for advanced non-small-cell lung cancer: meta-analysis of randomized trials », Journal of Clinical Oncology, 2006, 24 (3), p. 419-430.
- Salvador L. et al., « A natural product telomerase activator lengthens telomeres in humans: a randomized, double blind, and placebo controlled study », Rejuvenation Research, 2016, 19 (6), p. 478-484.
Cet article est rédigé à titre informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. En cas de pathologie, de traitement en cours, de grossesse ou d’allaitement, demandez conseil à un professionnel de santé avant d’utiliser l’astragale.



